2 février 2022
Après avoir été alitée quelques jour par une magistrale gastro-entérite aiguë, me voilà repartie pour la prochaine mission, dans un endroit retiré du monde, des connexions et quasi inaccessible. Je vous jure qu'être muganga = infirmière ici est un vrai challenge et parfois même un calvaire.
Nous voilà donc partis avec le médecin directeur pour cette mission médicale dans sa structure de santé. Joyeux et motivés par nos échanges sur nos rôles de soignants, nous prenons la route confiants malgré le fait qu'il a plu abondamment durant la nuit. Nous quittons la ville bruyante, bourdonnante et sale de Bukavu et les paysages les plus diversifiés défilent devant nous. Notre pointe de vitesse sera de 50km/h.
Arrivés sur place, j'ai la joie de visiter le centre médical, composé de plusieurs bâtiments. Toute l'équipe médicinale et pluridisciplinaire est là pour m'accueillir. Une émotion partagée car cette rencontre avait été annulée 3jours avant vu mon état de santé. Nous visitons les lieux, saluons les gens très étonnés de voir cette blanche dans cet endroit lointain et si pauvre, sans moyens de transport. Il fait très froid et je suis bien contente d'avoir pris mon veste chaude et mon foulard. Le ciel très chargé de nuages nous inquiète et la pluie se remet à tomber en averses intenses,
Une pluie africaine.
Je suis émerveillée par la bonne organisation malgré les difficultés et le peu de moyens financiers. Je réalise une fois de plus la chance de vivre de l'autre côté du globe et me révolte aussi devant tant d'injustices et de différences. Et dire que l'on se plaint chez nous de porter le masque, on crie au scandale quand il y a coupure d'eau pour 1h et rupture de stock dans nos magasins et pharmacies bondés… Je vis les 2 extrêmes et mes émotions sont intenses.
La maternité est comme partout le service le plus rempli… les mamans sont assises sur leur lit avec leurs nouveaux-nés et discutent entre elles. Nous les saluons et les félicitons. Une maman attire plus spécialement mon regard : elle est cachée sous sa moustiquaire ( hyper important dans cette région où les moustiques tuent des milliers de personnes avec le paludisme), Elle est belle, d'une beauté simple avec son foulard et tient son enfant comme un précieux cadeau : son bébé est un minuscule prématuré de 1.3 kg emmailloté dans des couvertures… on le voit à peine mais son petit minois est magnifique et si fragile. Ici pas de couveuse électrique ( pas d'électricité et les panneaux solaires dépendent de l'ensoleillement) pour les prématurés alors on est créatif : le médecin a instauré la technique «kangourou» qui consiste en mettre un sachet plastique entre les couvertures pour créer une isolation et maintenir la température. Imaginez-vous qu'aujourd'hui il fait 14 degrés…. Alors je repense à toutes les personnes en Suisse qui tricotent des couvertures et les en remercie d'avance. Une autre ingéniosité locale : il n'y a pas de chariot de soins…alors on les a construit en bois !!
Notre visite se termine par la traditionnelle «photo de famille» et je reçois un grand collier d’œufs entourés de feuilles de bananier. Les signes qui me touchent ici intensément sont le sens de l'accueil des gens, la générosité du cœur et la solidarité.
Après la visite aux prêtres de la paroisse avec qui le médecin collabore souvent, nous reprenons la route…. et là la vraie aventure commence !!!
Dans les ravins
Je regarde parfois l'émission : les routes de l'Impossible mais je ne pensais pas la vivre en direct !
En 15 ans et 13 voyages en Afrique, je n'ai jamais vécu cela. Avec ces pluies, les routes sont devenues impraticables…. une pataugeoire, patinoire… je ne sais plus. Les camions, bus , motos s'embourbent, s'enlisent et restent bloqués. Certains véhicules basculent dans les ravins.
Les camions chargés avec de lourdes marchandises sous des bâches ont encore en dessus des gens qui voyagent … ils sont trempés jusqu'aux os et risquent de tomber à chaque moment. Des enfants, hommes et femmes marchent sur les 2 côtés de la route … certains aident les véhicules en les poussant, d'autres ont pris des pelles, d'autres à mains nus creusent la terre pour la répandre sur la route afin de permettre aux divers véhicules de repartir et désencombrer la route.
La descente sur Bukavu ressemble plus à un toboggan, nous slalomons entre les gens du quartier qui essaient tant bien que mal de survivre en vendant de la nourriture, des braises, du carburants… toute la misère du monde est là !
Il nous faudra 4h15 pour faire 28 km… et c'est le lot régulier du médecin !!! Je le remercie d'avoir maîtrisé la situation et pousse un ouf de soulagement à l'arrivée.
Être infirmière tout terrain c'est un challenge de chaque instant ici au Sud-Kivu
Prenez soin de vous où que vous soyez.
Affectueusement
Véronique
.




