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Caisses de bouteilles empilées pour leur réutilisation à Idjwi.

Voyage d’une bouteille de bière de Marin sur l’île d’Idjwi

Incroyable, mais pourtant vrai! Des bouteilles ont effectué 10'000 km de voyage entre deux lacs qui sont chers à Un Seul But, soit de la pointe du lac de Neuchâtel au centre du lac Kivu, en République Démocratique du Congo. 

Reprenons. Imaginez une petite bouteille de bière donnée par l'équipe de la brasserie du Groin à Marin-Epagnier. Après avoir habillé une bière locale brassée avec passion, elle trouvera une deuxième vie avec le jus du fruit «national» de l’île d'Idjwi: l'ananas. 

Vertigineux, non? Comme quoi le recyclage et la solidarité sont très précieux.

Voici comment, ces bouteilles sont arrivées à Idjwi. Tôt le matin, nous avons embarqué du continent sur une pirogue à moteur. Dans celle-ci s'entassait une multitude de caisses grises Rako (c’est quoi) remplies de bouteilles brunes venues de Marin. Durant le voyage sur le lac, Adrien, notre ami congolais, me raconte toute l'histoire de la fabrication du jus d'ananas, puis de sa spécialité: le vin d'ananas, baptisé «Lambagiza obuzigire». Un nom à faire tourner la tête, puisqu’il signifie «vin à partager dans l’amour.»

Je suis passionnée par son récit, par sa détermination à en arriver là. Un parcours semé de joies, mais aussi rythmé par les conflits et les tragédies au Sud-Kivu. Je suis fascinée par sa créativité et sa ténacité à agir pour les autres. Car oui, l’objectif de la production de ce vin d’ananas n’est pas vraiment commercial. Ce qu’il cherche, c’est à valoriser les cultures locales, une action humanitaire de terrain.

Idjwi est la patrie des ananas. Femmes et hommes travaillent dur aux champs pour les cultiver. Mais c'est surtout sur les dos des femmes que cet or fruité est acheminé au port, avant d’être vendu à Bukavu et à Goma. 

J'ai la joie de découvrir tout le processus de fabrication. Je bois littéralement les explications d’Hélène, de son fils et de son équipe. Je n'avais pas imaginé que l'on cuisait les ananas dans de grandes casseroles, sur un feu de bois. Ni que l’on en extrayait le jus avec des presses d'un autre temps. Lorsqu’il n’y a pas d’électricité, il faut savoir être ingénieux. Tout le processus est réalisé manuellement. La dernière étape est la mise en tonneaux, soit pour le jus d’ananas, soit pour la fermentation du vin.  

Et c'est là que notre petite bouteille brune rejoint les bouteilles vertes déjà présentes. Sa couleur particulière est une chance: elle donnera la possibilité au producteur d’apporter une nouveauté à ses clients! Elle sera fière d'être remplie de ce nectar des dieux. Et je vous promets que c'est délicieux! 

Ces quelques heures m’ont rappelé la beauté de ces collaborations particulières et précises, comme ici entre les cantons de Neuchâtel, ainsi que du Valais et le Sud-Kivu RD Congo. Des collaborations qui ne font pas de bruit, mais qui apportent un soutien direct aux populations indigènes. Ah oui, je ne vous ai pas dit: mais l'île d'Idjwi est la terre ancestrale du peuple pygmée. 

Quelques images en couleurs et santé!

Véronique Mars 2024

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